Faites vos jeux !

Posted: June 13th, 2017 | Author: A.D. | Filed under: ANTHROPOLOGIE — réflexions croisées sur un monde qui bouge, PERFORMANCE — théories et pratiques | No Comments »

Le Forumidable est un forum qui a lieu tous les ans (depuis 3 ans). Il a pour but de promouvoir la recherche en arts. De faire en sorte que les designers trouvent une reconnaissance à leur pratique de recherche. Ouvert à tous, étudiants des écoles d’art, de design et d’architecture, artistes, designers, architectes, etc. Il est organisé par Armand Béhar et Antonella Tufano.

Espace de travail, d’écoute, de discussion, de production, le forum propose de questionner les pratiques actuelles de la recherche par la création en arts, en architecture et en design : Comment fonctionne la recherche par la création ?

Afin d’observer cette pensée opératoire à l’oeuvre sont invités des chercheurs-artistes de tous horizons. Tentatives de toucher, d’esquisser, de comprendre que ce qui surgit-là pourrait ouvrir des nouveaux territoires de connaissances. En Mai 2016, ma proposition était la suivante :

Faites-vos jeux !

A la manière d’Aby Warburg, composez une image afin d’inventer une carte, concevoir un tableau, composer une image, tracer un diagramme, générer un collage. Pendant les deux jours de conférence du Forumidable, travaillez les traces de la mémoire. Actualisez l’Atlas Mnémosyne. Jouez vous des images et composez les vôtres en réponse aux mots, concepts, sonorités échappés de la conférence voisine

Warburg dans sa bibliothèque

Voici la proposition initiale: Il s’agit d’une performance collective. Oeuvre de manipulation des images de mon travail d’enquête, elle s’initie à partir des 254 images posées sur a table devant qui voudra bien s’y rallier.

Ces photographies représentent dix années de recherche par l’image. Dix années de souvenirs, de flânerie, de voyage sont proposées comme matériau brut. Je les ai déposées sur la table de l’atelier. J’attends qu’un passant vienne s’en emparer.
Je propose à chacun d’arranger les cartes comme il le souhaite ou alors, comme il l’entend. La table se trouve installée au fond de la salle Charlotte Perriand, au dernier étage du bâtiment. La fenêtre est ouverte et donne sur la terrasse. Par delà les toîts, les nuages. Au centre de la salle se donne la conférence.

Trois tables de travail sont installées derrière lesquelles un écran est descendu pour montrer des images, depuis laquelle on entend les invités du forum s’exprimer.

Chorégraphie d’idées, de mots et d’images, à l’instar de l’Atlas Mnémosyne, les dix années de travail ethnographique, de balancement entre l’Inde et la France où le double de la description n’est autre que l’incertitude, se jouent dans tous les sens afin de se concrétiser d’une manière qui plait au joueur, au passant.

Lors de sa conférence, in-situ, Patrick Bouchain dit : « L’acte est possible car il est enjoué ». Au-delà de toute théorie de l’agency, l’acteur (celui de mon enquête) est agent des théâtres : c’est son corps qui compose les gestes, les signes, les sonorités. C’est ici la capacité de jeu à agir dont il est question. J’invite alors le passant, là présent, à se jouer des images et à les arranger dans le sens qui lui conviendra.

Au-delà de la théorie des jeux il y a le sens des signes, du motif. Et la communication de tous ces kinèmes, extraits, fragments, images clés dans langages du corps qui font de nous ce que nous sommes, des êtres humains.

Le jeu proposé ici consiste en la contribution du passant à se faire passeur de sens. Celui qui s’avance pour un nouveau type de travail à la table est interrogé sur sa capacité d’éditeur. Telle une chirographie, il se fera maître d’une partition de gestes.

Et sur les vidéos d’arrangement des images on lit, le choix, l’arrêt, le plaisir, l’immobilisation, la satisfaction, le sentiment de donner du sens…

La table est une invitation à une nouvelle espèce travail. Elle se veut être un relais aux espaces machiniques. Elle est le lieu d’une répétition: prendre une image parmi la collection, lui trouver des correspondantes, aligner sa sélection.

Chacun est libre de refaire le geste de son prédécesseur ou d’en inventer de nouveaux. Le travail d’édition se poursuit ensuite sur l’ordinateur : l’édition numérique de la planche sera imprimée au traceur.

ADNwomenBleu Sepia


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