La Gestothèque

Posted: March 7th, 2018 | Author: A.D. | Filed under: ANTHROPOLOGIE — réflexions croisées sur un monde qui bouge | No Comments »

cartographie de La gestothèque

Les archives du geste interrogent autant les techniques du corps que l’usage des technologies. Elles tendent à démontrer que les gestes ne sont pas de l’ordre du langage. Situé à la jonction de l’apparition du phénomène, de la mémoire, de la connaissance et de l’image, le geste est témoin d’une intention. De la trace des mains négatives sur la paroi des grottes ornées à la technique gestuelle des théâtres indiens, jusqu’aux usages de la technologie mobile, la question de l’enregistrement du geste et de sa passation sera ici explorée : qu’est-ce qu’un geste ? Et comment le connaître, le décrire ou le définir ? En fonction de quelle zone d’émission du corps ou des sociétés faut-il en cartographier la représentation ? Quels sont les enjeux de sa conservation au sein des politiques patrimoniales internationales ? Ma recherche tend à formaliser la vie des gestes. À travers le projet de La Gestothèque, je me propose d’étudier la notion de dispositif comme cadre conceptuel de la recherche, au sein d’un espace-temps que je nomme « tiers gestural ».

La Gestothèque est avant tout un outil conceptuel. Son objectif n’a jamais été d’élaborer une simple bibliothèque de gestes, mais de comprendre quels étaient les systèmes vernaculaires utilisés au Kerala pour transmettre les traditions de performance. Comment les modèles de gestes peuvent-ils survivre pendant plusieurs centaines d’années ?

La Gestothèque se compose de plusieurs branches d’activité, qui prennent la forme suivante :
- un ouvrage (dont le plan est donné ci-dessous)
- un cours, donné à l’ENSCI-Les ateliers, dans le cadre du dispositif Phénorama
- un séminaire de recherche : https://blog.ensci.com/phenorama/seminaire-de-recherche/
- des journées d’études : “les journées du geste” dont deux éditions ont déjà été reçues à Stereolux, à Nantes
- un MOOC (Massive Open Online Course), produit par la Mooc Factory, du CRI
- un cours, dans le Master AIMove, aux Mines Paris-Tech : http://aimove.eu

En 2017 : https://www.stereolux.org/agenda/journees-du-geste-20

En 2014 : https://www.stereolux.org/blog/journees-d-etude-sur-le-geste-main-mouvement-et-emotion

- des résidences de recherche, accompagnées par Le Labo, Stereolux, l’INREV, Paris 8, l’IRCAM

- un site internet (en cours d’édition).

La Gestothèque correspond à la volonté d’une cartographie d’un domaine encore mal circonscrit, qui s’étend de l’analyse des techniques du corps à leur pratique, par un banc d’experts variants de danseurs, chanteurs, compositeurs, physiciens, anthropologues, ethnologues, sociologues, technologues, ingénieurs, biomécaniciens, etc.

Ce travail s’accompagne de l’enregistrement de catalogue de gestes techniques sous plusieurs formes et supports (motion capture, tracking, photographie, croquis, vidéo, etc.).

Le site internet hébergera également une cartographie interactive des notions clés de l’analyse du geste reliées par domaine d’expertise, et d’un glossaire.

Plan de l’ouvrage en cours de rédaction :

À travers une ethnographie détaillée de la pratique du théâtre de Kavalam Narayanna Pannikkar, je vais montrer comment le traité de théâtre antique (le Nāṭyaśāstra) a codifié les règles de performance en normes répétitives afin de permettre la survie de la tradition. J’utiliserai pour cela les bases de l’analyse kinésique (Birdwhistell, Bateson) et défendrai la capacité d’une analyse cybernétique des théâtres indiens. Montrant par là comment la codification gestuelle arrive à la conception du script, d’une écriture de l’image, qui se transmet à travers les corps des acteurs sous forme de gestes.

Dans un deuxième temps, je viendrai ensuite détailler ma rencontre avec les technologies selon la volonté de concevoir une « archéologie » du geste. Je m’appuierai alors sur l’hypothèse d’une possible « greffe de code » (Deleuze, 1983). Puis à travers l’analyse de plusieurs mises en expérience, j’explorerai la manière dont « greffer un code numérique à de l’analogique » pourrait aider à concevoir de nouvelles modalités d’interactions homme-machine.

Enfin, dans un troisième temps de la réflexion je ferai jouer les notions de « corps mort » et de « corps vivant » (Andrieu, 2014). La question de La Gestothèque soulevant celle de la perception du temps, je reviendrai sur la distinction du temps universel et de la durée chez Bergson. Je poserai également les contraintes de l’enregistrement des gestes dans un dispositif (Agamben, Foucault). Car il semble que l’enregistrement fait jouer quelque chose de l’ordre de la nécropolitique (Mbembe).