Rock Art Rocks Me

Posted: October 4th, 2016 | Author: A.D. | Filed under: PERFORMANCE — théories et pratiques | No Comments »

Rock art Rocks Me - shadow/hands

Anciennes de 36 000 ans, les peintures de la Grotte Chauvet disent quelque chose de notre humanité. Comment étaient réalisées ces peintures ? Et quelle pouvait être leur fonction ? Nous sommes à la recherche de quelque chose de primitif, d’une mémoire d’avant notre naissance. Quelque chose d’évident que nous portons, qui vit et se transforme en nous, les gestes des premiers hommes. Aux frontières de la recherche entre arts, sciences et technologies, notre pièce tend à la reconstitution d’une scène d’art pariétal. Elle permet de faire jouer les frontières disciplinaires entre spectacles vivant, arts visuels et arts numériques

La chorégraphie est générée à partir d’une série d’improvisations, individuelles et collectives. Le travail de mise en scène est nourri par des images collectées lors d’un travail d’enquête ethnographique et archéologique sur les techniques d’art pariétal.
À partir d’une reconstitution 3D de la grotte (vidéo projection de grande dimension), nous travaillons au projet d’un dispositif numérique interactif qui simulerait la lumière du feu les traits d’un dessin numérique.

Notre recherche est menée selon deux phases distinctes :
a) une série de résidences de recherche et création
b) la production d’une pièce (performance), qui sert de support de discussion avec le public.

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Peintures et chorégraphies

Les peintures de la caverne du pont de l’Arc (dite « grotte Chauvet ») ont fait l’objet d’une analyse détaillée par nos artistes : leur morphologie, leur localisation dans la grotte, les techniques de conception nécessaires à leur réalisation (pigments, couleurs, outils). Certaines d’entre elles ont d’ailleurs fait l’objet de reproduction afin de constituer un décor numérique interactif.

En dehors de toutes volonté d’exactitude scientifique, notre recherche poétique se fonde sur les cinq hypothèses suivantes :
1. Un chamane se trouve dans la grotte. Il opère un rite thérapeutique. Le public est témoin de la scène.
2. Les parois de la grotte servent encore de décor la narration, chantée et dansée, d’une troupe de théâtre préhistorique, qui raconte une histoire à un public plus vaste, installé dans la grotte.
3. De récentes découvertes prouvent que certaines peintures auraient été tracées par des mains de femmes. Les peintures pouvaient être réalisées par des femmes qui se racontaient la chasse ou invoquaient les esprits des animaux pour aider à la chasse ?
4. Tandis que les études d’Iégor Reznikoff montrent que dans certaines grottes ornées, les points rouges indiquent des points d’écholocalisation (de résonnance dans la grotte), notre recherche musicale se fonde sur le beatboxing. L’intégralité de l’univers sonore est bruité à la bouche par Arnaud Vernet. Les danseurs travaillent leur gestuelle selon une partition de body percussions.
5. Les formes animales encore présentes aujourd’hui sur les parois auraient pu être tracés à partir d’ombres décalquées. La grotte aurait alors été une école d’art pariétal.

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L’Espace – Mouvement

L’enjeu principal de notre recherche porte sur l’étude du mouvement. Source de production de connaissance dont nous ignorons encore les processus, l’atelier est le lieu d’un vaste panel d’expérimentations entre son, geste, relation à l’espace, au temps, écriture, trace et perception.

À travers l’expérimentation par la performance, il s’agit de questionner le geste dans sa relation au temps et à l’espace. Tant à l’échelle de la partition (déroulé de la performance), qu’à l’échelle d’un temps universel, la relation au temps du geste invente un nouveau lieu temporel. Les outils de temps réels permettent des jeux de compression ou dilatation du temps. La technologie nous sert alors d’interface narrative entre le monde présent, et un au-delà, passé, le monde du rêve, le monde des esprits. Les outils de réalité virtuelle permettent de générer des environnements virtuels et d’y contrôler le temps.

Malgré la polémique, notre hypothèse considère que les tableaux peints sur la grotte sont des études cinématiques de la vie des animaux, utilisée dans un but de transmission et de communication (Clottes, Perrin, Hamayon). Peints en couleurs et à base de couches successives de pigments puis effacées à plusieurs reprises à la manière d’un palimpseste, ces tableaux racontent la vie des animaux qui pouvaient être divinisés.
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Un dispositif Arts-Sciences

L’enjeu de notre recherche étant de produire une articulation du geste entre usage, fonction et représentation afin d’établir une relation entre mouvement du corps, perception et cognition.

Les dispositifs de captation de gestes, intimement liés à l’expérimentation, permettent la génération de nouveaux outils pour la danse (tels les avatars numériques comme supports de jeu et d’improvisation, des paysages immersifs, des tracés ou graffitis numériques, digital painting.

Ces outils sont ensuite développés dans le but de permettre de nouvelles émergences transdisciplinaires : archéologie, sciences cognitives, étude de la performance, anthropologie, arts numériques.

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Partenaires

Lors de la représentation publique donnée au Centre Barbara Fleury Goutte d’Or et les 23 et 24 novembre 2016, les spectateurs furent invités à participer grâce aux « checks » — technologie sonore numérique interactive, développée dans le cadre du projet CoSiMa de l’IRCAM.

Le projet est également soutenu et produit en partie par le Laboratoire Arts et Technologie de Stéréolux à Nantes.

In English

We are looking for something primitive: a memory from before our birth. Something obvious, we all carry and that evolves within us: the first gestures of the first men. Between art, science and technology, our research tends to a virtual scene of rock art in action. Assuming that the cave paintings are the traces of oral performance or dance rites, they have been used as transmission and communication media for the knowledge of surrounding and environments of the early men (hunting, myth, history, art or religious content, shamanism). Through the scope of these fragmentary traces of history, we are seeking to reconstruct various performative scenarios echoing the paintings of the Chauvet’s cave.

In order to establish the experimental protocol based on the data found in the literature, we work out various scenarios:

1. There’s a shaman in the cave, he is giving a cure ritual;
2. There is a prehistoric performance group in the cave telling a story to a wider audience;
3. Recent discoveries show that some paintings were drawn by the hands of women (Perrin, Snow). The paintings were perhaps carried by women who were invoking the spirits of the animals to help in the hunt;
4. Studies of Iégor Reznikoff show that in some caves red dots indicate echolocation points (resonance in the cave). Chauvet’s Cave is recognized as a sanctuary rituals were they practiced it? Performers are invited to practice beatboxing, to loop their own body sounds;
5. The cave could have been a school of arts. The paintings could have been made out of tracing shadows.
More explorations are to come.

Credits

Conception & Direction: Anne Dubos
Light design: Emmanuel Valette
Visual Arts : Jean-François Jégo (real-time motion capture, visual effects, scenography), Judith Guez (real-time drawings, scenography)
Performers : Sophie Cousinié, Hortense Kack, Giorgio De Martino, Alexandre Aurouet
Production: La Fabrique Nantes, Stereolux Nantes, FGO Barbara