Sois libre et ne te tais pas

Posted: June 29th, 2010 | Author: A.D. | Filed under: ANTHROPOLOGIE — réflexions croisées sur un monde qui bouge, PERFORMANCE — théories et pratiques | No Comments »

Jacky pense

Jacky Katu est metteur en scène et réalisateur.

Je l’ai rencontré aux prémisses de construction de l’objet de son atelier du Théâtre Laboratoire « Errances », atelier qu’il anime à la Maison des Métallurgistes depuis 2007.

J’ai eu l’occasion de suivre son travail pour plusieurs raisons : D’abord parce que le travail de Jacky Katu illustre les passations entre arts et anthropologies. Jacky est un « ancien » du CNRS. Il a jeté l’éponge ou rendu son tablier en 2004, alors qu’il trouvait qu’il était plus expérimental de faire du théâtre un laboratoire d’expériences humaines, que de chercher à faire de la science humaine dans un laboratoire, justement.

Ensuite parce que le travail de Jacky Katu est complètement inattendu. Chaque séance de travail s’organise sur une grille d’exercices d’improvisation où chaque comédien est libre de son temps d’interprétation, sans avoir à se tenir à aucune limite éthique ou moral.

Le travail de Katu est out of frame.

A la fois fou et complètement génial, Jacky est un pur idiot, où l’idiotie est l’incorruptibilité de l’esprit naïf — libre — de l’enfant qui cultive chaque jour l’art de la joie comme un art de vivre. Face à la recrudescente violence du quotidien, les sujets de recherche de prédilection de Jacky sont toujours très liés aux défaillances de notre société : l’anormalité physique ou mentale, la folie, le vagabondage.

Et la figure de l’idiot devient donc le révélateur, le libérateur des enfermements auxquels nous sommes réduits.

Avec très peu de moyens, c’est à dire son seul statut d’intermittent, Jacky a réussi à monter une troupe d’errants, qui l’a suivi et qu’il a suivie tout au long de cette année de pérégrinations intellectuelles et expérimentations physique, guidée par le souffle de Grinsberg.

De mon point de vue, Jacky Katu, son laboratoire, ses comédiens — d’une exceptionnelle générosité — sont à préserver en tant qu’objet de la culture libre, qui se perd dans ce marasme sociétal où tout doit être rendu rentable, s’il n’est tristement prévisible ou détestablement ennuyeux.

Le lendemain de la représentation d’Errance, Jacky a été tenu informé de la rupture, sans préavis, de son contrat par la direction de la Maison des Métallurgistes.

Par son enchaînement à la grille des Métallos, Jacky Katu demande à être rétabli dans son droit : qu’on lui rende son statut d’artiste associé jusqu’à la fin de son contrat prévu en mars 2011, pas avant.

Pour le respect de la condition des artistes, de la condition humaine qui se joue sur les scènes de théâtre alternatif — l’un des derniers espaces de liberté de parole de d’expression ou d’émotions dans nos grandes métropoles anthropophages — je vous invite à soutenir l’action de Jacky Katu.

Rendez-vous à la Maison des Métallurgistes, allez le saluer.

Jacky est un pacifiste, pas un agitateur social. Apportez-lui un verre d’eau, une blague, un carambar… racontez-lui votre vie, rencontrez les autres artistes qui l’entourent… allez célébrer votre amour de l’art avec beaucoup de cœur, à l’endroit où il lui revient de droit : la rue.

parlez avec JackyImages – Anne Dubos


Comment Jacky Katu s’est enchaîné à la Maison des Métallos ?

Posted: June 29th, 2010 | Author: A.D. | Filed under: INTERVIEWS — la parole donnée, PERFORMANCE — théories et pratiques | Tags: , , , | No Comments »

in chains

Jacky Katu : Je me suis enchaîné pour protester contre l’attitude insupportable de la direction des Métallos, qui a mis fin, le 8 Juin au soir, juste après la représentation du spectacle, ma contribution à la maison des Métallos par un mail le lendemain matin en me disant que c’était terminé, voilà… de façon complètement arbitraire

AD : Mais sur quel argument ?

Jacky Katu : Aucun… que c’était son droit le plus absolu, que c’était lui le directeur, qu’il prenait qui il voulait et qu’il virait qui il voulait… et je dis que ce n’est pas comme ça, donc c’est un rapport de force que tu veux instaurer… tu vois, c’est pas sur les projets, c’est pas sur ce que je faisais, c’est sur son pouvoir absolu…. un nouveau directeur arrive et je dis : mais qu’est-ce que c’est que cette histoire…  je lui dis, tu n’es pas dans une scène nationale comme si c’étais un artiste, tu fais ton spectacle et tu pars, je lui ai dit, ça fait 5 ans que je suis là, je ne fais pas que donner des spectacles… je fais un laboratoire toute l’année, ça n’est pas la même chose… et pour lui, il a dit non… il a dit : le statut d’intermittent est un statut précaire, et bien voilà, à la fin du mois, c’est terminé pour toi… et j’ai dit : et bien non, ça ne va pas se passer comme ça, donc je vais m’enchaîner ici et on va voir qui va gagner… tu veux un rapport de force, tu as un rapport de force… je dis, moi je m’en fous de mourir…

AD : Et aujourd’hui, quelle a été la première réaction ?

Jacky Katu : la première réaction c’est que vendredi il m’a demandé : tu vas pas me le dire mais je te le demande quand même, tu vas me dire quand tu vas t’enchaîner et à quelle heure et où, et donc moi j’ai dit : mais pourquoi je te le cacherai ? moi je lui ai dit : je vais m’enchaîner le lundi 28 juin à 14 heures trente, devant la Maison des Métallos, et du coup ce qu’il a fait, il a mis des vigils et des flics, je n’ai pas le droit de rentrer, ils m’interdisent de rentrer, et puis il y a plein de flics qui arrivent sans arrêt pour voir, et il m’interdisent de rentrer, regarde… je ne peux pas rentrer, je suis expulsé… et il y avait un conseil d’administration, qui devait avoir lieu ici avec toute la Mairie de Paris, avec le Maire du 11ème arrondissement, le Conseil Général et tout ça, ils l’ont déplacé ailleurs, il est parti ailleurs le directeur pour ne pas qu’ils me voient enchaîné, il a eu peur de ça… alors voilà…

AD : Qu’attendez-vous de votre action ?

Jacky Katu : Tu vois, regarde ça (il me montre la banderole le long du mur), tu as vu la banderole ? de me rétablir dans mes droits élémentaires, c’est à dire de poursuivre mon contrat : j’ai une convention jusqu’en mars 2011, et bien voilà, de poursuivre mon activité ici, de faire mon laboratoire de théâtre, et des débats que je faisais jusque-là, et en mars 2011, on peut rediscuter, mais mon contrat dure jusqu’à mars 2011, il n’y a aucune raison à ce qu’il mettre fin à mes fonctions parce qu’il en a envie… comme lui il est élu pour trois, je ne vais pas lui dire, mais non tu pars demain… voilà… moi je veux qu’on me rétablisse dans mes fonctions, jusqu’en mars 2011.. . date où mon contrat se termine, là on pourra en discuter… mais pas avant que mon contrat se termine… mais là il n’y a aucune discussion possible, je ne vois pas pourquoi on discute… d’autre part, j’ai engagé évidemment une action juridique, et donc il y a un avocat qui a été chargé de ça et qui a envoyé au directeur, une mise en demeure  … et il a 48 heures pour me rétablir dans mes fonctions, puisque c’est complètement illégal ce qu’il est en train de faire…

Et lui a dit : mais je n’en n’ai rien à foutre que ce soit illégal, tu es simplement dans ton droit et alors ? Tu vois mais il s’en fout parce qu’il dit que ça va mettre deux ans, le temps que ça arrive devant les juridictions et lui, il ne sera plus là…

AD : C’est vraiment son discours ?

Jacky Katu : Ah mais bien sûr, il est terrible, terrifiant… il m’a convoqué vendredi, non pas pour négocier mais me dire pourquoi je devais partir et pourquoi je devais accepter sa décision, sans rien dire… tu vois, ce n’est pas pour négocier quoi que ce soit… enfin lui, la direction… ils sont terribles… ils sont d’une violence inouïe… mais envers tout le monde… les gens partent les uns après les autres… Marie a été expulsée en septembre… ils divisent pour régner et il font partir tout le monde…

Madame K : Et que mettent-ils à la place ?

AD : il ne mettent personne… parce qu’il a été… bon, mais ça c’est plus une rumeur, je ne peux pas te dire que ça a été confirmé… quand ils l’ont nommé lui, il y avait trente candidats à la successions de l’ancien directeur, et il l’ont nommé lui car il aurait accepté de baisser la succession de vingt pourcent… de faire des restrictions budgétaires… et donc en virant des gens il fait de la réduction de budget… mais ça c’est de la rumeur, je ne peux pas te dire qu’officiellement ce soit vrai… mais ça ne m’étonnerait pas que ce soit ça… les gens sont virés les uns après les autres…

AD : Comment vous est venue cette idée de l’enchaînement ?

Jacky Katu : et bien tout naturellement… j’ai d’abord voulu faire la grève de la faim, je me suis dit qu’il fallait faire une action spectaculaire et radicale parce sinon il s’en fout, si je lui envoie des lettres, je peux lui envoyer des lettres tous les jours de toute l’année, il s’en fout… alors je me suis dit, c’est la grève de la faim, comme ça c’est un truc extrême, il ne va pas me laisser mourir… et puis là tous les amis se sont soulevés en me disant : mais ce n’est pas possible, ce n’est pas possible… les uns après les autres… donc à la fin j’ai fini par les faire accepter en disant bon, je vais m’enchaîner, ça va être plus simple…

l'art est dans la rue


Errance

Posted: June 29th, 2010 | Author: A.D. | Filed under: PERFORMANCE — théories et pratiques | No Comments »

Jacky Katu à la Maison des Métallos, le 8 Juin 2010

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hung

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run away


close

.combat

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angoisse

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sur le sol

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I am so sad

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Anne-H

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finale

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dance

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Images-Madame K

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“L’errance intrigue, fascine ou au contraire inquiète.

On s’y jette, on y tombe, on y résiste ou encore on tente de s’en préserver. Mais à quoi renvoie-t-elle?

S’agit-il d’une absence de finalité, d’une perte du sens ou d’une poétique du lieu? Déperdition ou démarche initiatique?

Dépossession ou manière de vivre un idéal? Égarement ou prémisses d’une démarche créatrice?

L’errance aux multiples facettes revêt les formes les plus variées. Elle peut relever du déplacement physique, d’un cheminement intellectuel ou d’une pathologie mentale.

Errance de la pensée, de l’esprit, de l’imagination vagabonde, errance de la recherche, de la réflexion, de l’écriture.

Errer, tant physiquement que mentalement, c’est dévier, se disperser, ne pas aller droit au but – soit qu’on en ignore le chemin, soit qu’on ne sache pas même quel est le but. Cela implique des détours, des retours en arrière, des tâtonnements et de l’incertitude.

La pièce-matériaux «ERRANCE» déroule l’errance, avec en voix maîtresse «Hawl» de Ginsberg, comme un bateau ivre sans jamais chercher à rejoindre le port.”

- Jacky Katu -


… Transes

Posted: June 23rd, 2010 | Author: A.D. | Filed under: ANTHROPOLOGIE — réflexions croisées sur un monde qui bouge | No Comments »

La transe, c’est le mouvement des possédés des Maîtres Fous de Jean Rouch (1955).
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Tout ce qui est trans, traverse des univers de sens, à l’image de ces nouveaux voyageurs du monde, qui l’explorent désormais à pas de géants — qui n’a pas noté l’activité croissante de l’industrie touristique ou des compagnies aériennes, qui aux dépends de tout sens d’écologie, ouvrent de nouvelles routes : celles de l’air ? Il ne nous faut plus désormais qu’approximativement 48 heures pour faire le tour du Monde, là où Jules Vernes le voulait en 80 jours. Lorsque je me dis que je n’y peux rien : “c’est comme ça”, au moment où je prends l’avion, j’abandonne tout bon sens de l’ordre ou d’un certaine responsabilité collective : je sais que je pollue, mais je prends l’avion — pour mon plaisir ou pour ce besoin imminent que je me suis crée de voir un autre paysage.

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Ma transe est celle de la déstabilisation perpétuelle de l’artiste en mouvement.
Fragile équilibre entre intérieur rêvé et poésie ambulante — hommage à Si Mohand, le poète errant — chaque image écrite est un texte symbolique, un paratexte.

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Images – Madame K

Cookies

Posted: June 21st, 2010 | Author: A.D. | Filed under: ANTHROPOLOGIE — réflexions croisées sur un monde qui bouge | No Comments »


Petits…

Posted: June 21st, 2010 | Author: A.D. | Filed under: ANTHROPOLOGIE — réflexions croisées sur un monde qui bouge | No Comments »

A travers les pratiques de jeux et de consommations des enfants j’observe le monde qui bouge. Le monde qui bouge dans leurs têtes : je leur demande de me raconter leurs histoires. Je leur demande de me transmettre la vie qui les anime corps et âme. Je les écoute, je les photographie, je les filme : ils dansent, ils chantent ou font du théâtre. Parfois ils s’asseyent ou se contentent d’être, ils me font rire. Et parce que j’ai envie de les protéger, j’observe aussi le monde bouger autour d’eux.

A travers l’échange, je tente de saisir le monde qu’ils se construisent pour se protéger de celui qui cherche à les détruire. Car il faut bien qu’ils avancent ces petits, afin de se grandir et devenir hommes.

Si les enfants sont les premières victimes du système social, capitaliste, ou culturel, ils sont aussi la première source de changement du monde, écouter les enfants c’est mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons, nous adultes aveugles et sourds. Avec les enfants c’est une nouvelle révolution silencieuse qui se manifeste.

Et à travers la popularisation de la pratique des arts, j’appelle la prime figure de l’insurgé qui vit dans chaque enfant : le refus de l’endossement de la peau de la victime.

Arjeeth

vendeur

vendeur 2

bicycle

le fils de la bohémienne

Madurai

le petit du magasin

pieds nus sur le pavé de l'hiver

petits qui fument 2

sur la route

vendeur 3

guns are down

petite au ballon et sa mere

petite au ballon

bulle

les amis de Peter Pan

Rajasthani

petits fantomes

Images – Anne Dubos


Why did you send my brothers to hell?

Posted: June 13th, 2010 | Author: A.D. | Filed under: ANTHROPOLOGIE — réflexions croisées sur un monde qui bouge | No Comments »

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Images – Madame K


Dance, Sing in the Dark

Posted: June 11th, 2010 | Author: A.D. | Filed under: ANTHROPOLOGIE — réflexions croisées sur un monde qui bouge | No Comments »

La chanson s’appelle Transing in the Dark. C’est une composition d’Hervé Dalmais, accompagné des Ultimate Ambersons. A l’occasion de son concert à St Eustache en juin 2009, il m’avait demandé de composer un “objet de création visuelle” à projeter dans la salle lors de la performance.

Je précise qu’il ne s’agit pas d’un “clip vidéo”, étant donné que j’ai travaillé, en même temps que le reste du groupe, à la composition d’un ensemble visuel composé de trois pièces.

Pour Dansing in the Dark, j’ai fait le choix de conserver la maquette de travail audio, dans la version finale de la vidéo. Cela donne d’une part, un rendu plus “touchant” qu’une version studio trop parfaite. Et l’aspect “peu fini” rend d’autre part, la dynamique du work in progress, à laquelle nous sommes tous très sensibles.

Les enfants qui dansent dans le noir avec leurs marionnettes sont les orphelins qu’Isaac Nelson a recueillis à Madurai. Cette pièce vidéo est intégrée au film : les Sept de Madurai, qui apparaîtra prochainement, sous la forme de sept courts métrages, sur le blog du Little Heart Movement.


Les Sept de Madurai – Film documentaire artistique engagé pour l’action sociale

Posted: June 7th, 2010 | Author: A.D. | Filed under: ANTHROPOLOGIE — réflexions croisées sur un monde qui bouge | No Comments »


Pierre Children’s Home est un foyer fondé par Isaac et Kavitha Nelson en 1995, en vue d’offrir aux enfants des rues de Madurai, un accès aux soins et à l’éducation.

Le projet de La Fibule : monter un atelier de recherche vidéographique, avec les enfants du foyer, afin de donner aux enfants les outils de leur propre émancipation créative et cognitive. Les créations des enfants pourront plus tard servir de supports pédagogiques, nécessaires au développement de la campagne sanitaire engagée par Isaac Nelson.

Le film, Les 7 de Madurai, rend compte des séances d’atelier tenues avec les enfants. Il est une réponse possible à l’engagement des artistes et des chercheurs dans une action sociale interculturelle et intergénérationnelle, pour l’avancée des droits de l’Enfant.


B.roll

Les Sept de Madurai, une voix portée par la fenêtre de la vidéographie documentaire expérimentale.

Action engagée pour La Fibule : Espace de dialogue entre les Arts et les Sciences des cultures du Monde.


Mandjilla

Posted: June 6th, 2010 | Author: A.D. | Filed under: ANTHROPOLOGIE — réflexions croisées sur un monde qui bouge | No Comments »

On les fait parler eux-memes, d’eux-mêmes : On leur passe la caméra, on croise tous les médias. Pendant qu’ils se filment en champ/ contrechamp, ils écrivent leur histoire telle qu’elle vaut la peine d’être vécue. On enregistre leur paysage sonore, ils se formulent une identité vocale. Ils parlent, ils chantent, on voyage dans leur quartier avec la caméra. Ils tournent les images de leur intimité. Ensemble on visionne les bandes. On travaille la matière de leur souvenir, le mouvement. Puis on monte une version de l’histoire qu’ils ont envie de partager, pour leur donner une chance de voyager. Leur rêve, on le matérialise.