Pour une petite histoire du monde

Posted: April 6th, 2011 | Author: A.D. | Filed under: CARNETS - fragments | No Comments »




tableaux de la ville qui bouge

de Delhi à Bangalore

l’Inde se construit

les artères des villes se congestionnent

les travailleurs s’entassent

d’un feu de quatre bouts de bois la nuit, ils se réchauffent


one week experiment

Posted: February 4th, 2011 | Author: A.D. | Filed under: CARNETS - fragments | No Comments »

le dispositif est simple

je reste dans mon lit

Depuis ma station je communique

Je reprends l’information qui m’a le plus marqué dans la presse ce mois-ci

« ils ont coupé l’internet en Egypte »

Depuis ma cellule
9m2
sans prétention
sans fenêtre
sans douche non plus

j’invite mes amis à témoigner
me raconter une histoire:
ce qu’ils veulent

je filme
on tisse du lien social
à l’intérieur

la fenêtre est celle de la caméra
que l’on pourra retransmettre par l’internet
tant qu’on ne nous l’a pas encore coupé

actrice et réalisatrice
même si je n’apparais pas à l’image, je prends la parole, comme un personnage de la mise en scène de mon propre espace modulable: studio-maison-atelier-caravane-bateau-chambre-roulotte-tipi.

Ce soir mercredi, deux amis sont venus me tenir compagnie,
un metteur en scène anthropologue
et un cinéaste

Ils m’ont apporté de quoi dîner
On a partagé du vin, du fromage, des oeufs de la salade
des fruits

On a parlé
cinéma
cowboys, Indiens…

tu te sens plutôt cowboy ou Indien ?
tu es libre
tu vis dedans ou dehors ?
tu danses la pluie ou tu travailles pour l’empire des cowboys ?

Qui est l’esclave de qui ?
Quelle est la valeur de l’échange?

Car elle est là ma question : comment on fera quand on n’aura plus internet,
plus le téléphone ?

quand on n’aura plus que les rapports humains ?

Est-ce que l’on saura encore se retrouver, pour un simple moment de partage ?

On arrête le temps
on écrit chacun une parole
on filme sans intention
on verra bien
chacun est libre de se mettre en scène

On parle un peu de cinéma
de théâtre
d’image

de poésie
de performance

Au montage
c’est certain qu’il apparaît toujours des choses
on trouvera le fil
après coup
c’est ça, la magie du cinéma
— Mélies, apparition, disparition —

Ça fait quoi si je disparais du monde pendant une semaine dans mon lit pour faire apparaître mes amis dans ma chambre ?

Et selon une intuition collective que la situation évoque
chacun raconte ses nouvelles du jour

les nouvelles de dehors
alors que moi je suis dedans
captive de ma propre volonté
par l’action restreinte de l’écriture de mon insurrection
poétique

Lumière ou pénombre?

Je dis lumière
j’ai envie de rire
ça me bouleverse les gens qui s’égorgent dans la rue
les autres qui sont jetés dehors comme de chiens

Pour protester j’invite mes amis à partager un moment de douceur réflexive
A l’intérieur où rien ne peut nous agresser

Dans la chambre,
il n’y a plus qu’à vivre
être soi
parfaitement inutiles
humains
tranquilles
en paix

Shalom


bed-in for peace

Posted: February 1st, 2011 | Author: A.D. | Filed under: CARNETS - fragments, PERFORMANCE — théories et pratiques | No Comments »

fièvre
je délire
toutes les images/ pensées se confondent

je ne sais plus
je flotte
jeux sans importance

au fond
personne ne m’attend
à part moi

sieste infinie sur les pas de Mingus
d’ici on dirait que le ciel perce le plafond

c’est étonnant

ma vision
est encore brouillée
mais elle se clarifie à mesure que je cesse d’y penser
que je la laisse s’exprimer librement

je ne sais plus

je lis les infos
je trouve la solution que j’ai rêvéé avant

“ils ont coupé l’internet”
ils ont coupé l'internet

une fois qu’on sera tous dépendants,
qu’on se saura plus communiquer autrement

ils couperont l’internet
et alors?

Alors on perdra le sens des choses

C’est peut-être ce qu’il nous arriverait de mieux

On pourrait aller en Iran à pieds
on se rendrait compte que depuis Paris, il ne faut jamais que 3 semaines pour rejoindre Israël

Et ensuite?

ensuite on gagnerait les montagnes et on regarderait les moutons paître
quelque chose de magnifique
on pourrait les filmer en super 20
c’est totalement inutile
c’est le luxe

tout est connecté
déconnecté

mais je pense encore
qu’on est connecté par d’autres voies que celles d’Internet

j’ai un ami avec qui on fait de la transmission de pensée
avec mon père aussi
(chut, faut pas le dire, ça lui fait peur)

“c’est normal
c’est les autres qui sont pas normaux”
m’a dit une fille Gnawa, qui partait en transes parfois

En quoi je pourrai être utile?
fille du village
je sais pas?
il faut être utile?

l’échange doit-il être symétrique pour être plein?

Pour prendre la machine infernale à revers, j’ai décidé de passer une semaine entière au lit

C’est une “one week experiment”
pour une autre expérimentation du temps

“Bed in for peace”

J’invite mes amis à me rendre visite 
et me parler de ce qui leur chante

Je documente
on fait une vidéo

vous êtes les bienvenus


Fragments d’une pensée déambulatoire

Posted: May 25th, 2010 | Author: A.D. | Filed under: CARNETS - fragments | No Comments »

« L’esthétique nomadique ou l’immanence de l’éphémère » - Trinh T. Minh-Ha

Raison graphique

Je propose un travail d’écriture des aléas d’une pensée nomade, qui erre sur les pavés de la ville, d’une ville à l’autre, dans un balancement graphique à la recherche du sens.

- « Mais dans quel sens allons-nous ? » La ville m’apparaît soudain tel un autre désert qui avance. Un désert de sens, ou l’animalité recule pour faire place à toujours plus de machines.

Je me réfère alors aux travaux sémiotiques de Roland Barthes, et relisant son texte, Centre ville, centre vide, je me délecte de ses remarques :

« Les villes quadrangulaires, réticulaires (Los Angeles, par exemple) produisent, dit-on, un malaise profond ; elles blessent en nous un sentiment cénesthétique de la ville, qui exige que tout espace urbain ait un centre où aller, d’où revenir, un lieu complet dont rêver et par rapport à quoi se diriger ou se retirer, en un mot, s’inventer. (…) Aller dans le centre, c’est rencontrer la « vérité sociale », c’est participer à la plénitude superbe de la « réalité ». (…)

La ville dont je parle (Tokyo) présente ce paradoxe précieux : elle possède bien un centre, mais ce centre est vide. (…) L’une des deux villes les plus puissantes de la modernité est donc construite autour d’un anneau opaque (…) dont le centre lui-même n’est plus qu’une idée évaporée. (…) De cette manière, nous dit-on, l’imaginaire se déploie circulairement, par détour et retours le long d’un sujet vide. »

Afin d’inscrire mon existence dans une dynamique d’échange avec l’humanité – pour une quête de la « vérité sociale », mon travail s’inscrit en contrepoint graphique à la prise de regard des autres qui justifie mon identité.

Photographie : je m’exprime en deçà du Verbe. Logos polysémique de l’écriture imagée, j’inscris des signes, telles les traces du temps sur le papier qui font sens immédiatement pour ceux qui les regardent : au-delà de la pensée, l’idée.

L’idée que la ville défile sur des centaines des kilomètres sans jamais s’arrêter : Bombay, Delhi, Calcutta, Paris, Barcelone, Genêve… c’est comme si aujourd’hui il n’y avait plus d’espace, plus un village qui soit hors de portée du champ de la vue. Et depuis les satellites de Google Earth, je perçois désormais ma maison, autrefois perdue dans la campagne, vue du dessus.

Je pense alors à l’inéluctable quadrillage militaire de la ville, au besoin de maîtrise qu’a l’homme sur son espace – son terrain de chasse. Puis j’entame un travail de réflexion – prise de pouvoir – sur son occupation. Moi aussi je marque l’espace : avec ma lunette photosensible, je le photographie, je chasse l’image et cherche à dresser une carte du temps qui file et de l’espace qui m’entoure.

Démarche

Réalité-virtualité et ville image

J’entame le travail d’illustration de la ville surréaliste, de la ville rêvée telle qu’elle m’apparaît, après la nature-culture des choses.

Seeing through : je cherche à voir au travers. Du visible à l’invisible, j’inscris ma démarche dans un genre de pratique magique de la photographie, mise en présence quasi chamanique qui laisse apparaître un monde au-delà de la réalité, invisible mais que pourtant que je perçois.

Prémisses

Une nuit que je suis à Locarno, depuis la promenade du port, je regarde les bateaux amarrés sur le Lac Majeur. Je détourne le regard un instant, et m’absorbe dans la contemplation de la montagne derrière moi. Je regrette alors de n’avoir pu revenir prendre la même photographie chaque année depuis soixante ans, et voir la masse sombre de la montagne reculer au profit de son illumination. Alors que l’éclairage électrique, par effet d’optique, procure une dimension surréaliste à la vie moderne : il y a désormais une myriade d’étoiles dans la montagne : « mon paletot aussi devenait idéal[1] ». Promeneurs photographes, nous sommes les clochards célestes du vingt-et-unième siècle.

Applications

A base de parcours dans la ville – je porte un certain regard, toujours habité de respect, sur ses habitants : Je travaille alors sur une série de portraits ainsi qu’à la mise en dialogue des habitants et de l’espace habité. Par la photographie, je cherche une mise en parole visuelle : portrait – documentaire de la vie des artistes dans la ville, pratique polyphonique silencieuse qu’engendre l’écriture photographique.

Définition du cadre de la recherche

Dans un mouvement de balancement entre l’Inde, l’Europe et les Etats-Unis, un questionnement à la forme triangulaire, je trace les visages, les figures d’un monde qui change. Je questionne les passages des populations, les flux de migrations, les lieux de pouvoir, les lieux de mémoire.

Je poursuis ma recherche sur le travail et la vie des artistes, du monde de la scène à celui de la photographie, que je mets moi-même en scène dans leur propre espace, cherchant à exprimer leurs identités via le respect de leurs propres termes d’expression.

Nous ouvrons alors un poly-logue visuel : d’eux à moi, d’eux au spectateur de l’image que nous créons ensemble, d’une culture à une autre. Tout n’est plus qu’affaire de perception, et de production collective du sens, en échos. Un témoignage instantané de l’état du temps qui passe en un lieu donné.

Mes lieux de prédilection sont les ports : lieux de passage, pôles de pouvoir, et départs ou arrivées des esclaves et des migrants : Bombay – Cochin – Nantes (mon point d’ancrage) – Lorient – New York – Boston

Enjeux de la recherche

En posant comme prémisse que la ville d’aujourd’hui pénètre totalement la nature, je chercherai à écrire une mise en scène visuelle du problème sur le principe de l’englobement du contraire : comment les artistes travaillent à la composition d’oasis de beauté au cœur de la ville machine. Ensemble nous travaillons à la composition des lieux d’expression, d’images, où l’homme réaffirme son animalité et se bat pour son propre espace de liberté.

A travers ce travail je cherche la mise en valeur de l’écriture d’une esthétique contemporaine, qui traverse les frontières (géographiques, sociales ou imaginaires), en illustrant les multiples et complexes dynamiques d’emprunts et de réseaux visuels.


[1] Rimbaud : Illuminations


Bombay 17h30 train de banlieue

Posted: May 1st, 2010 | Author: A.D. | Filed under: CARNETS - fragments | No Comments »

La femme qui se tient à la barre du toit en face de moi fait un signe de croix, elle prie le ciel que personne ne dépose de bombe dans le train. Fin de journée, les femmes fatiguées rentrent chez elles, moins fatiguées qu’en plein été sans doute… il fait encore frais au mois de février. Je me dirige vers Juhu… la ville dorée, où les milliardaires indiens pavanent sous les objectifs des photographes paparazzi venus recueillir de quoi remplir les pages des magazines people.

Ganapathi